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Chronique de « L’héritage du sang » de Michèle Arnaud

Titre : L’héritage du sang

Auteur : Michèle Arnaud

Éditeur : Évidence Editions 

Genre : roman 

Collection : Électrons-Libres

Format : Papier,  200 pages – 14,99 €, numérique – 7,99 €

Sortie : le 6 avril 2019

Résumé 

Elsa, fille unique d’une famille juive, vit une enfance protégée à Nantes. Elle apprend le piano et prépare le concours du conservatoire. À 18 ans, elle tombe amoureuse de Jacques, étudiant en médecine. Le 15 août 1942, elle est raflée, déportée, violée à Auschwitz. Libérée par les Russes, elle revient à Nantes avec son enfant et Josef, un prisonnier qu’elle épouse. Elle ne retouchera jamais un piano.

Pauline, née à Auschwitz, ignore tout de ses origines paternelles. Excellente gymnaste, elle est sélectionnée pour aller à Berlin, représenter la France aux JO. Elsa s’y oppose. Josef n’intervient pas. Blessée, Pauline quitte la maison familiale et trouve refuge sur un terrain de gens du voyage. Un nouvel événement la propulse à Paris, au mois de mai 1968. Avec le monde étudiant, Pauline fait sa « révolution », un moyen d’exorciser sa violence.

Elle joue sa vie sur un coup de dés, en vivant par opportunisme avec un garçon qu’elle n’aime pas. Elle donne naissance à Solène.

Solène est marquée dans sa tête et dans son corps par l’héritage douloureux d’Elsa et de Pauline. Elle ne connaît pas le plaisir et multiplie les aventures amoureuses, au risque de se perdre.

La tourmente météorologique de décembre 1999 qui déclenche le naufrage de l’Erika et la pollution des plages bretonnes lui fera-t-elle trouver le port ?

Mon avis

Solène, jeune Nantaise, a bien du mal à trouver le plaisir, elle multiplie les aventures mais rien ne comble le vide que lui a laissée l’histoire de sa mère et sa grand-mère. Sa grand-mère, Elsa, l’a élevée avec amour palliant aux absences de Pauline, sa mère indifférente. Avant sa mort, sa grand-mère l’a alors dirigée vers la découverte de ses carnets intimes où elle a pu découvrir la vie de cette femme énigmatique. Plus tard, au même endroit, ce sont les cahiers de sa mère qu’elle retrouvera également. La parole dans cette famille n’existe pas, seuls les écrits ont pu libérer les non-dits. On découvre l’histoire d’Elsa, fille unique d’une famille juive, qui prépare le concours du conservatoire. Elle tombe amoureuse de Jacques, fils d’une riche famille. Mais, en 1942, Elsa est déportée à Auschwitz, puis violée. Elle ressortira brisée de cette épreuve, mère qui n’a pas demandé de l’être. Elle épouse Josef qui était déporté comme elle. Pauline, sa fille, ne sait rien pendant longtemps de ses origines. Elle aime Josef comme son père, rejette Elsa qui l’ignore. Sélectionnée aux JO de Berlin en tant que gymnaste, Elsa s’y oppose, Pauline fuit. Elle vivra des années avec les gens du voyage, fera sa révolution, donnera son corps à un ami et deviendra à son tour mère. Solène est cette enfant, marquée par le destin de ces deux femmes, qui n’ont pas appris à aimer. Elle va apprendre leur histoire, et malgré elle découvrir des personnes du passé qui vont l’obliger à réfléchir sur son avenir. Comment va-t-elle faire face à tout cela ? 

Ce roman m’a profondément bouleversée. J’ai trouvé le résumé un peu trop explicite au départ, j’aurais aimé plus de suspense peut-être, plus de secrets, mais en lisant le livre, on découvre l’univers de ces trois femmes et il est très riche. On navigue dans les époques : seconde guerre mondiale, guerre d’Algérie, Mai 68, naufrage de l’Erika. Au travers des journaux de ces trois femmes, nous découvrons le quotidien de chacune, propre à chaque époque, le combat qu’elles ont mené, leurs doutes, leurs angoisses. On a de nombreuses références aux différents événements historiques, aux combats syndicaux enclenchés après-guerre. L’auteur écrit d’une plume fluide, sensible, vraie. On ressent les émotions de chacun des personnages, l’ambiance de chaque moment. Comment arriver à avancer quand le silence fait partie du quotidien ? Les secrets, les non-dits ont brisé la vie de ces 3 générations de femmes qui se sont perdues chacune dans leurs souffrances. Ces carnets sont le seul antidote qui, peut-être, permettront de casser ce tourbillon dévastateur. On souffre avec ces femmes, on se demande pourquoi tant de secrets, pourquoi tant de temps perdu ? Solène apprend à réécrire un futur au travers de ces écrits et c’est au travers d’une rencontre liée au passé de sa mère et de sa grand-mère qu’elle pourra avancer. On peut imaginer que l’histoire ne se répétera plus alors. 

Un roman émouvant, plein de sensibilité qui nous fait voyager au travers des époques et visiter le destin de trois femmes. 

L’auteur

Fille de paysans, Michèle Arnaud est née à Marsac sur Don, une commune de Loire-Atlantique, située à 30 km de Redon, porte de la Bretagne, en 1939. À cette époque, la terre était traditionnellement réservée aux fils, les filles n’avaient d’autre choix que de se marier ou de construire leur avenir ailleurs. Élevée par une femme de pouvoir, sa mère, et par deux tantes vivant en compagnonnage, aujourd’hui on dirait sous le régime du P.A.C.S., son éducation eut pour fondements l’autonomie et la réussite professionnelle. Ce qui excluait tout rêve d’écriture considéré comme une inutile perte de temps. Après des études secondaires à Nantes, la voilà donc lancée, malgré son état d’épouse et de mère de famille, dans la course aux concours permettant une ascension rapide dans l’administration. Le challenge d’être à la fois, femme, épouse et mère fut souvent difficile et périlleux pour son équilibre familial, d’autant plus qu’il comportait une fréquente obligation de mobilité géographique. Responsable des services sociaux au sein de France Télécoms à Nantes, elle devient, comme le souhaitaient ses éducatrices, une femme de pouvoir et de réussite. C’est alors qu’il lui fallut encaisser deux chocs frontaux. Le premier fut sa mise au placard. Victime des mutations de l’entreprise et du sexisme de sa hiérarchie, elle perdit ses repères, ses certitudes, et sa situation obtenue à force d’opiniâtreté, à une époque où les femmes devaient se battre pour obtenir les postes à responsabilité réservés aux hommes. C’est pour elle l’occasion de tourner la page et d’entrer en écriture. Retour à son rêve de jeunesse et nouveau défi. En prise directe avec la discrimination faite aux femmes, elle publie cinq romans traitant de leurs parcours à handicaps tant professionnels qu’amoureux. Le second choc s’avéra être beaucoup plus douloureux, car si le premier l’atteignait dans sa dignité, voire son orgueil, le second touchait son amour maternel. À la suite d’un traumatisme crânien, l’un de ses fils devint handicapé à l’âge de vingt-deux ans. De le voir souffrir du regard des autres et supporter une autre forme de discrimination : celle qu’engendre le handicap, la porta à en témoigner en écrivant Ruptures. Cette souffrance partagée et la lutte qu’elle mena avec son fils pour qu’il puisse retrouver une vie sociale et professionnelle furent à l’origine de son engagement dans la vie associative. S’aidant de ses anciennes compétences professionnelles, elle aida à se reconstruire des jeunes touchés par la maladie. Les associations furent pour elle, des creusets d’idées, de chantiers et d’amitié. Elle y nourrit son écriture d’autres vécus. C’est dans ce contexte qu’elle rencontra Christophe Sauvé, rachaï (prêtre) des gens du voyage, lui-même d’origine manouche. Lorsqu’il lui demanda d’écrire son histoire et celle de son peuple, elle accepta. Cette population apparue en Europe à la fin du Moyen Âge, issue du sous-continent indien et jetée sur les routes à la suite des guerres et des famines, qui gardait jalousement une culture empreinte de nomadisme, sollicitait son imaginaire. Elle leur consacra deux ouvrages dont l’un reçut le prix Solidarité. Un passage dans l’Aude et notamment à Rennes-Le-Château lui inspira Les filles d’Emma. Comment résister au mystère du trésor des Cathares qu’on dit enfoui dans ses collines ? Comment ne pas être sensible aux amours hypothétiques du sulfureux abbé Bérenger Saunière et de la diva Emma Calvé ? Michèle Arnaud en a fait une réalité dans un roman passionnant et plein de suspense. Retour aux femmes et à leur vécu : L’héritage du sang pourrait aussi s’intituler : Trois femmes dans la tourmente.   Nantes est restée la « ville de cœur » où l’auteur va se ressourcer, mais c’est au Croisic qu’elle vit et qu’elle écrit. Rien ne vaut une balade sur les chemins de la presqu’île pour faire émerger l’idée d’un nouveau roman et pour décider de sa mise en œuvre..

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